(début 1992)

La Bhiksha du divin Bhikshu

(Ma Devaki)

 

C'était une habitude irrésistible que j'avais à la fin des années 80 et au début des années 90 (quand j'enseignais encore au collège) que de me précipiter à Tiruvannamalai pour avoir le darshan de Bhagavan à la moindre journée de vacances accordée par la Providence. Ca n'est pas que çà se déroulait toujours bien. Il y eut en effet des jours où j'ai du repartir dans une souffrance abjecte avec pas plus qu'une lointaine vision de Lui ! Pourtant, toujours, TOUJOURS, du fait d'une étrange pulsion, je me retrouvais, aucunement ébranlée, devant Sa résidence de Sannidhi street avec un espoir et un vif désir qui revenait toujours d'avoir Son Darshan, ou le lendemain ou lors de la plus prochaine occasion. Tel était le magnétisme divin et la magie divine qui poussaient le coeur de nombreux dévots reconnaissants comme moi et nous y succombions d'une manière qui était tout simplement très heureuse.

C'était au début de l'année 1992 et le collège venait d'annoncer les vacances très attendues de Pongal (Makar Samkranti) au milieu des acclamations de la communauté étudiante. Comme d'habitude, au coup de la cloche du soir, je me retrouvais en train de me précipiter avec des jeunes dans une hâte indigne et je m'asseyais sans cérémonie dans un bus bondé qui allait à " la maison " - oui, la maison pour moi, au cours des années, avait fini par vouloir dire être avec Bhagavan à Tiruvannamalai et non pas à Chennai où vivaient mes parents. Le lendemain matin à environ 10h, alors que j'attendais, le cœur battant avec la foule près du Theradi Mandapa, il m'était difficilement possible de voir quoi que ce soit à travers la grille, quoi que ce soit dans la faible lumière du divin porche de sa petite maison, excepté peut-être d'un côté le vague contour d'une simple natte. Alors que la porte en bois s'ouvrait pour révéler la forme divine de notre Yogiji bien-aimé qui émergeait, il y eut une vague visible d'excitation dans la foule et, avec les autres, j'avançais. Avec une meilleure visibilité maintenant, je pus voir que son turban vert attaché de manière lâche se tenait bien sur la tête comme une couronne d'émeraude et que ses châles jetés sans soin brillaient comme des parures de soie autour de Ses épaules ! Il s'assit sur la simple natte après avoir soigneusement posé son éventail à main, sa noix de coco et le bâton sur la marche proche. A ma grande surprise je trouvais un jeune homme déjà assis en face de Lui, les yeux clos et en profonde absorption. A l'évidence il n'avait pas vu Swami venir mais cela parut tout simplement réjouir Swami car, avec un sourire, il leva immédiatement la main en bénédiction vers cet homme. Toute mon attention était si rivée sur ce qui se passait à l'intérieur que je n'entendis pas la porte s'ouvrir ni le gardien de la porte dire mon nom pour que j'entre. Mon ami me poussa fortement du coude et je sautais et entrais rapidement, un peu troublée par ce tour soudain des évènements. Après m'être prosternée devant Bhagavan comme c'était mon habitude à cette époque, je gardais la bouteille de jus de groseilles près de Lui (qu'Il acceptait parfois avec grâce), mais je gardais le paquet de chapatis que j'avais amené pour Lui, craignant que cela soit une trop grande présomption de ma part. Sur un signe de Sa tête nous allâmes nous asseoir dans la même rangée dans la véranda plus basse. Puis, après que quelques autres soient entrés, il demanda au garçon qui gardait la porte d'admettre les gens un par un.

Il avait déjà allumé une cigarette et il commença son ministère spirituel de la session. Certains reçurent une tape dans le dos avec un sourire, d'autres avec un échange de plaisanteries, d'autres avec " Ram, Ram " et d'autres encore avec " Mon Père vous bénit. " Mais tous étaient enveloppés de Son chaud rayonnement et de son amour et tous repartirent en jouissant de Sa grâce divine ! Pendant tout ce temps, presque une heure et demi, Bhagavan ne parla guère, mais il fuma beaucoup. Le jeune homme retenait principalement Son attention et je commençais à me demander s'il pouvait bien venir d'Anandashram ou peut-être du Sri Aurobindo Ashram ou peut-être du Kanchi Periyaval… Bien que tous les dévots en général convoitent Ses actes d'attention, quelques rares privilégiés réclament de Lui une indulgence spéciale pour des raisons mieux connues de Bhagavan. Mais tout ce que Bhagavan dit ou fit, aussi petit qu'apparût le geste, rien ne devait être vu de manière légère ou écarté comme étant superflu. Tout ce qu'Il disait ou faisait était l'oeuvre de Père et avait une place parfaite dans le plan de Son œuvre cosmique.

Il était alors presque 11h 30 lorsque Bhagavan demanda au garçon à la porte de fermer la porte et alors il sourit de Son sourire béat(ifique), apportant tour à tour des sourires à chacun alentour. Puis il rit bruyamment de Son joyeux éclat de rire, de Sa manière inimitable et il me sembla que le monde entier s'éclairait et souriait avec Lui ! C'était vraiment un Etre Cosmique qui avait un toucher cosmique pour tout ce qu'Il disait ou faisait. Alors même l'homme en face ouvrit les yeux et sourit avec bonheur. Bhagavan regarda chacun, ses yeux riant encore et il rit une fois encore, cette fois en fermant les yeux de Ses mains comme un garçon espiègle ! Captivés comme nous étions, témoins de sa Lila divine, nous stoppâmes même notre chant du Nama et commençâmes à rester bouche bée devant Lui. Bhagavan regarda alors profondément l'homme qui était en face et il prit une contenance sérieuse.

Bhagavan (allumant une cigarette et regardant toujours l'homme) : Qu'est-ce que la Physique ?

L'homme : Swamiji, la Physique traite de la matière et de l'énergie.

Bhagavan (en souriant) : Qu'est-ce que la Chimie ?

L'homme : Elle traite des éléments et de leurs interactions.

Bhagavan : Oh ! Ce mendiant pensait que la Chimie traitait aussi de la matière et de l'énergie !

(Bhagavan se tourna alors en me souriant d'un sourire charmant de manière inattendue - moi qui n'avais d'yeux et d'oreilles que pour Lui et qui n'avais pas la moindre attention aux définitions de quelque chose d'aussi terne que la Physique ou la Chimie ! Cela me rendit cependant vigilante car, je le savais par expérience, Bhagavan ne ferait pas de conversation vaine mais il commençait parfois avec les bases pour arriver à quelques 'vérités de la maison'.)

L'homme : Non, monsieur. En fait, la chimie traite des électrons à l'extérieur et la physique va plus profondément dans l'atome.

Bhagavan (regardant l'homme carrément) : Quel travail faites-vous ?

L'homme : Je suis dans la recherche agro-météorologique, Monsieur. Je le fais dans l'intérêt du bureau. Ce que je veux vraiment faire est de me connaître moi-même. Swamiji, pour cela j'ai besoin de Vos bénédictions.

Bhagavan : Oh ! Ce mendiant ne s'est pas réalisé lui-même ! Comment peut-il vous aider à vous réaliser !

L'homme (humblement) : Vos bénédictions suffisent.

(Le visage de Bhagavan devint sérieux et Ses yeux aigus. Il leva la main en bénissant une fois encore et il regarda l'homme comme s'il procédait à un examen minutieux).

Bhagavan (fumant toujours) : Qu'est-ce que l'énergie ? Peut-elle être créée ?

L'homme : Non. Elle ne peut ni être créée ni être détruite. Elle peut cependant être changée d'une forme en une autre. C'est tout.

Bhagavan : Qu'est-ce que la matière ? Peut-elle se transformer en énergie ?

L'homme : Oui. La matière peut être convertie en énergie. L'énergie peut-être convertie en matière. Elles sont interchangeables.

Bhagavan : La matière peut-elle être créée ?

L'homme : Si la matière est énergie, elle ne peut pas être créée non plus.

(Portant momentanément mon attention sur Bhagavan, je fus, par force de l'habitude, attirée dans la conversation. En entendant la réponse de l'homme, je laissais échapper : " Bhagavan, en science nous disons que la matière peut être créée et détruite. L'énergie ne peut pas l'être. L'Energie, de ce point de vue, se tient au-dessus de la matière. ")

L'homme : Oui, Swamiji. Pour la destruction de la matière, la bombe est un exemple.

Moi-même : La science avance doucement vers des vérités plus hautes, Bhagavan. Ils en sont récemment arrivés à trouver à partir de certaines expériences que les particules élémentaires font preuve d'un certain savoir qui présuppose de la conscience. Cela pourrait vouloir dire que l'ordre des choses est : de la conscience à l'énergie et de l'énergie à la matière.

(Bhagavan inclina la tête comme s'il était reconnaissant puis il mit sa main presque fermée près de sa bouche et tira fortement sur la cigarette de cette manière de l'Inde du Nord.)

Bhagavan : Qu'est-ce que le Soleil ? S…O…L…E…I…L… ? Qu'avez-vous lu dessus ?

L'homme : Le soleil est une étoile qui donne la lumière. Il donne de l'énergie par fusion. En fait, sans la lumière du soleil il ne pourrait pas y avoir de vie sur terre !

Bhagavan : Donc, sans la lumière du soleil, il ne peut y avoir de vie sur terre. Et l'air ? Peut-il y avoir de la vie sans air ?

L'homme (en riant) : Non, Swamiji.

Bhagavan : Vous dites que sans la lumière du soleil il n'y a pas de vie. Une étoile peut-elle mourir ? Qu'arrivera-t-il alors ?

L'homme : Oui, en fait il y a des trous noirs qui sont des étoiles mortes. Mais je pense qu'on n'en a pas de preuve.

Moi-même : Non, Bhagavan. Il y a une preuve de l'existence des trous noirs.

Bhagavan : Quand notre Soleil mourra-t-il ?

Moi-même : Dans plusieurs centaines de millions d'années, dit-on.

Bhagavan (souriant largement) : Donc nous, dans le temps de notre vie, n'avons pas à nous en inquiéter ?

L'homme : C'est un mystère complet, Swamiji. La science peut expliquer le comment des choses, pas le pourquoi. C'est tout un mystère.

Bhagavan : Tout est Père, mon ami. Père est un mystère. Personne ne peut comprendre Père. (Bhagavan alluma alors une autre cigarette et sourit). Donc vous avez dit que sans lumière du soleil ou sans air il ne peut pas y avoir de vie sur terre. Maintenant, et l'eau ? Peut-il y avoir de la vie sans eau ?

L'homme (riant encore) : Non monsieur. C'est tout un mystère. L'oxygène est très important pour la vie. Mais une autre forme de l'oxygène, l'ozone, est nocive pour la vie. C'est tout un mystère, monsieur !

Moi-même : On dit que le monde est équilibré de manière très délicate afin que toute vie puisse être soutenue et que c'est une perfection totale.

Bhagavan : Eh … eh ! C'est une complète perfection. C'est tout Père et Père est toujours parfait. La création de Père est toujours parfaite. Père est éternel et Sa création est aussi éternelle.

(Alors Bhagavan, dans un geste rassurant de bénédiction, se tourna pour regarder chacun d'entre nous et Son regard aigu et pénétrant s'attarda sur chacun tout autour, embrassant tout dans Sa Divinité rayonnante. Bien qu'il faisait encore un peu froid dehors, nous ressentions une agréable chaleur douillette en Sa présence.)

Bhagavan (reprenant la conversation) : Donc l'énergie ne peut ni être créée ni être détruite. Elle continue tout le temps d'exister … ?

L'homme : Oui Swamiji. Ce qui existe existe.

Bhagavan (avec des éclats de rire). Ainsi ce qui existe existe ! L'énergie existe même quand elle est sous forme de matière ?

L'homme (se joignant à Son éclat de rire) : Oui Swamiji, on peut dire qu'à la base la matière est de l'énergie …

Bhagavan : Eh… eh ! (un scintillement dans les yeux). Vous êtes conscient d'exister maintenant ?

L'homme (vigilant) : Oui Swamiji.

Bhagavan : Quand vous dormez, existez-vous ?

L'homme : On dit que lorsque nous dormons nous ne sommes pas conscients que nous existons comme nous le sommes dans l'état de veille. Mais nous existons toujours.

Bhagavan : On ? Et vous ? Vous savez que vous existez quand vous dormez ?

L'homme : Oui Monsieur. Mais cela je ne le sais que lorsque je me réveille. Pas alors que je dors.

Bhagavan (souriant) : Très bien ; alors dites-moi, êtes-vous actuellement conscient de toutes les parties de votre corps ?

L'homme (réfléchissant) : Non. (Regardant ses mais et ses jambes). Mais quand je pense à elles je sais qu'elles sont là.

Bhagavan : Donc, même quand nous ne pensez pas à elles, elles sont là. Comme cela, même en dormant, nous existons bien que nous n'en soyons pas conscients.

(Bhagavan sourit alors de manière indulgente et l'homme inclina la tête comme si la compréhension commençait à se faire en lui. Ses yeux s'élargirent et il y eut une expression étrange sur son visage comme s'il traversait une expérience de la vérité même. En vérité les paroles des Mahatmas ne sont pas de simples paroles, elles portent avec elles un pouvoir plus élevé qui rendent de telles expériences possibles pour chacun de manière instantanée).

Bhagavan : Comment vous appelez-vous ?

L'homme : Ramanathan.

Bhagavan : Comment avez-vous entendu parler de ce mendiant ?

L'homme : Je suis déjà venu une fois. J'ai lu un article sur vous dans Mountain Path.

Bhagavan : Oh ! Mountain Path ! Avez-vous lu les enseignements de Ramana Maharshi ?

L'homme : Seulement un livre : " Entretiens avec Bhagavan " J'essaie d'enquêter à l'intérieur, Swamiji. Mais tout cela ne me conduit nulle part.

Bhagavan : Ramana Maharshi dit : " Vous n'êtes pas le corps. " Ramana Maharshi S'est trouvé. Ce mendiant ne s'est pas réalisé, comment peut-il vous aider ?

L'homme (humblement) : Vous m'avez déjà aidé, Swamiji ! Vos bénédictions suffisent.

Bhagavan : Oh ! Grâce de Père. Croyez-vous que vous n'êtes pas le corps ?

(L'homme s'assit en silence et sembla être en profonde réflexion)

Bhagavan : Savez-vous que lorsque les gens meurent ils font des cérémonies pour l'âme afin qu'elle repose en paix ? Ils croient que les gens existent même après la mort.

L'homme (rapidement) : J'ai aussi cette foi, Swamiji.

Bhagavan : Ainsi vous avez cette foi ! Si vous pensez que l'introspection ne vous mène nulle part, ayez foi en Ramana. Il dit " Vous n'êtes pas le corps. " Continuez de vous répéter cela encore et encore. Mon Père verra pour le reste.

L'homme (humblement) : Oui, Swamiji.

Bhagavan (souriant) : Répétez : " Je ne suis pas le corps ". Continuez à vous le répéter comme un mantra. Père vous donnera la compréhension. Ramana Maharshi vous bénit.

L'homme (souriant avec bonheur, pourtant en larmes) : Merci, Swamiji, vous m'avez tant aidé, Swamiji. Merci pour les bénédictions.

(Il s'en alla avec du prasad).

(Alors une fois encore des gens entrèrent un par un. Comme avant chacun reçut Ses bénédictions avec ou bien " Ram Ram " ou une tape dans le dos ou un simple mouvement de tête de reconnaissance. Une heure approchait. Lorsque je plaçai les chapatis de manière hésitante devant Lui, Il fit un signe de tête en acceptation. Il me demanda aussi de répandre un peu de jus Nellikkai dans sa noix de coco et il but.

Bhagavan : Prenez-vous le jus de Nellikai que ce mendiant laisse pour vous ?

Moi-même : Oui, Bhagavan.

Bhagavan : Bien. Ce mendiant vous laisse maintenant !

Il nous donna chacun une pomme et ferma la grille fermement après nous. Comme la douceur de Sa présence Divine et ses paroles s'attardaient dans mon cœur, je ressentis un sens d'accomplissement et je sus instantanément qu'il ne pouvait pas y avoir de meilleure célébration du jour du Pongal ni de prasad plus doux qui ait jamais été distribué !

 

 

(beginning of 1992)

The Bhiksha
from the divine Bhikshu

(Ma Devaki)

 

 

It was an irresistible habit with me in late eighties and early nineties (When i was still teaching at the college) to rush to Tiruvannamalai for Bhagavan's Darshan, on every single holiday the Providence provided. Not that it worked fine every time. For, there were days when i had to return in abject misery with not so much as a far off glimpse of Him! Yet, always ALWAYS, by a strange compulsion, i would find myself standing before His residence et Sannidhi Street undaunted, with an ever reviving hope and eagerness for His Darshan, either on the following day, or at the next ear1iest opportunity such was His divine magnetism and magic that pulled the heartstrings of many grateful devotees like me and we succumbed only too happily.

It was the beginning of the year 1992 and the college had just announced the much awaited Pongal holidays amidst the cheering student community. As usual, at the stroke of the evening bell, i found myself rushing out along with the youngsters in an undignified hurry and deposited myself unceremoniously in a bus bound for' home . - Yes, 'home' for me, over the years, had come to mean being with Bhagavan in Tiruvannamalai and not in Chennai where my parents lived. The next morning at about 10, as i waited with a fluttering heart along with the crowd near the Theradi Mandap, I could hardly see anything through the grill - gate, anything in the dim light o the divine porch of His cottage, except perhaps the faint outline of a plain mat on one side. As the wooden door opened to reveal the emerging divine form of our beloved Yogiji, there was a visible ripple of excitement in the crowd and i with the gathering, moved forward. With better visibility now, i could see that His loosely tied green turban sat well on His head like an emerald crown and His carelessly thrown shawls shone like silken fineries around His shoulders! He seated Himself on the plain mat after carefully placing His hand-fan, coconut shell and the stick on the nearby step. To my surprise, i found one young man already seated opposite to Him with eyes closed in deep absorption. Obviously he did not notice Swami's coming but that only seemed to delight Swami, for, He with a smile, immediately raised His hand in benediction towards that man. My whole attention was so riveted to what was happening inside that i did not hear the gate opening, nor the gate- boy announcing my name to come in. My friend nudged me hard and I jumped and ran in, somewhat perplexed by the sudden turn of events. After prostrating before Bhagavan, as was my wont in those days, i kept the bottle of gooseberry juice near Him (Which He would sometimes accept graciously) but held to myself the packet of chappathies i had taken for Him, fearing it might be too much of a presumption on my part. With one nod from Him, we went and seated ourselves, in the same line on the lower veranda. Now after a few more were in, He instructed the gate-boy to allow people inside one by one.

By now, he had lighted a cigarette and began His spiritual ministry of the session. Some received a pat on the back with a smile, some with an exchange of pleasantries, some with "Ram, Ram," and some others with "My Father blesses you." But ail were enveloped in His warm radiance and love and ail returned basking in His Divine Grace! All through, for nearly one and half hours, Bhagavan hardly spoke, but smoked a lot. The young man held His attention mostly and i began to wonder if he could be from Anandashram or perhaps Sri Aurobindo Ashram or perhaps from Kanchi Periyaval... Though ail devotees in general, covet His acts of attention, some privileged few, claim special indulgence from Him for reasons best known to Bhagavan. But whatever Bhagavan said or did, however small a gesture seemed, not one of them should be passed over lightly or dismissed as superfluous. Everything that He said or did was Father's work and had a perfect place in the scheme of His cosmic work.

Now it was nearing 11.30 when Bhagavan asked the gate-boy to close the gate and then SMILED that beatific smile of His, bringing in turn, smiles to everyone around. Then He laughed loudly His happy laughter, in that inimitable fashion of His and it seemed to me that the whole world lighted up and laughed with Him! Indeed He was a Cosmic Being with a cosmic touch to everything that He said or did. Now even the man opposite, opened his eyes and smiled happily. Bhagavan looked around at everyone, his eyes still laughing and suddenly laughed once again, this time closing His eyes with his hands like a mischievous boy! Enthralled as we were, witnessing His divine leela, we even stopped our Nama chanting and began to gape at Him. Bhagavan now looked at the man opposite deeply and assumed a serious countenance.

- Bhagavan (Lighting a cigarette and still looking at the man) : What is Physics?

- Man : Swamiji, Physics deals with matter and energy.

- Bhagavan (Smiling) : What is Chemistry?

- Man : That deals with elements and their inter-reactions.

- Bhagavan : Oh! This beggar thought Chemistry also deals with matter and energy!

Bhagavan now turned on, an innocent and charming smile towards me unexpectedly -- me who had eyes and ears only for Him and not the least care for definitions of something so drab as physics or Chemistry! However that made me alert, for, i knew from experience, Bhagavan would not make idle conversations but sometimes start from the fundamentals to drive home some " home truths".

- Man : No, sir. Actually, chemistry deals with electrons outside and physics goes deeper into the atom.

- Bhagavan (Looking at the man squarely) : What work are you doing?

- Man : I am in Agro meteorological research Sir. I do it for the sake of the office. What I really want to do is to know myself. Swamiji, I need your Blessings for that.

- Bhagavan : Oh ! But this beggar has not realised himself! How can he help you to realise yourself!

- Man (humbly) : Your blessings are sufficient.

Bhagavan's face became serious, and His eyes sharp. He raised his left hand up blessing once again and looked at the man as if in deep scrutiny.

- Bhagavan : (Still smoking) What is energy'? Can it be created?

- Man : No. It can neither be created nor be destroyed. However, it can be changed from one form to another .That's all.

- Bhagavan : What is matter? Can it turn into energy?

- Man : Yes, Matter can be converted into energy. Energy can be converted into matter. They are interchangeable.

- Bhagavan : Can matter be created?

- Man : If matter is energy, it cannot be created also.

Momentarily dropping my attention on Bhagavan, i was, by force of habit, drawn into the conversation. On hearing the reply of the man, I b1urted out,

- Myself : On science, we say, Bhagavan, that matter can be created and destroyed. Energy can not be. Energy, in that respect, is held above matter.

- Man : Yes, Swamiji. For destruction of matter, atom bomb is an example.

- Myself : The science is slowly advancing towards higher truths, Bhagavan. Recently they have come to find out from certain experiments that the elementary particles exhibit a certain knowledge which presupposes consciousness. That could mean, from consciousness to energy and from energy to matter is the order of things.

Bhagavan nodded as if in acknowledgement and then cupped his hand near the mouth and drew in deeply from the cigarette, in that North Indian fashion.

- Bhagavan : What is sun? S ... U... N ... ? What have you read about it?

- Man : The sun is a star that gives light. It gives energy by fusion. Actually, without sunlight, there can be no life on earth!

- Bhagavan : So, without sunlight, there can be no life on earth. What about air? Can there be life without air?

- Man (Laughing) : No Swamiji.

- Bhagavan : You say, without sunlight, there is no life. Can a star die? What will happen then?

- Man : Yes, actually there are black holes which are dead stars. But I think, there is no proof for that.

- Myself : No, Bhagavan. There is proof for the existence of black holes.

- Bhagavan : When will our sun die?

- Myself : Several hundred billion years to come, they say.

- Bhagavan : (Grinning) So, we people, in our life time, do not have to worry about it?

- Man : It is all a mystery, Swamiji. Science can explain the how of things. Not the why of it. It is all a mystery.

- Bhagavan : It is all Father, my friend. Father is a mystery. No one can understand Father. (Now Bhagavan lighted another cigarette and smiled) So you have said, without sunlight or air, there can be no life on earth. Now, what about water? Can there be life without it?

- Man : (Again laughing) No Sir. It is all a mystery. Oxygen is very important for life. But another form of Oxygen - Ozone is harmful to life. It is all a mystery, Sir!

- Myself : They say, the world is so delicately balanced in order that all life to be sustained and that it is a total perfection.

- Bhagavan : Eh... eh! It is all perfection. It is all Father and Father is EVER PERFECT. Father's creation is EVER PERFECT. Father is eternal and His creation is also eternal.

Now Bhagavan in a reassuring gesture of blessing, turned around to look at each one of us and His sharp, penetrating gaze lingered on each one around, embracing all in His radiant Divinity. Though it was still somewhat cold outside, we felt a cosy comfortable warmth in His presence.

- Bhagavan : (Resuming the conversation) So energy can neither be created nor be destroyed. It continues to exist all the time … ?

- Man : Yes Swamiji. What exists, exists.

- Bhagavan : (Bursting into peals of laughter) So what exists, exists! Energy exists even when it is in the form of matter?

- Man : (Joining in His laughter) Yes Swamiji, one can say matter is basically energy...

- Bhagavan : Eh... eh! (with a twinkle in the eyes) You are aware you exist now?

- Man : (Alert) Yes Swamiji.

- Bhagavan : When you sleep, do you exist?

- Man : They say when we sleep, we are not aware that we exist like we do in the waking state. But we still exist.

- Bhagavan : They? What about you? You know, you existed while sleeping.

- Man : Yes Sir. But that I know only when I wake up. Not while sleeping.

- Bhagavan : (Smiling) Alright, now, tell me, are you aware of all parts of your body now?

- Man : (Thinking) No. (looking at his hands and legs) But, when I think about them, I know they are there.

- Bhagavan : So, even when you are not thinking of them, THEY ARE THERE. Like that, even while sleeping, we exist though we are not aware of it.

Bhagavan now smiled indulgently and the man nodded his head as understanding dawned on him. His eyes widened and there was a strange expression on his face as if he was going through some experience of the very truth. Indeed, words of Mahatmas are not mere words, they carry a higher power with them which could make such experiences instantly possible for anyone.

- Bhagavan : What is your name?

- Man : Ramanathan.

- Bhagavan : How did you come to know about this beggar?

- Man : I have come here once before. I read an article on you in Mountain Path.

- Bhagavan : Oh! Mountain Path! Have you read Ramana Maharishi's teachings?

- Man : Only one book, 'Talks with Bhagavan.' I try to enquire within, Swamiji. But all that leads me nowhere.

- Bhagavan : Ramana Maharshi says, "You are not the body." Ramana Maharishi has found Himself. This beggar has not realised himself, how can he help you?

- Man : (Humbly) You have already helped me Swamiji! Your blessings are sufficient.

- Bhagavan : Oh! Father's grace. Do you believe that you are not the body?

The man sat in silence and looked as if in deep thought.

- Bhagavan : Do you know, when people die, they do ceremonies for the soul to rest in peace? They believe people exist even after death.

- Man : (Quickly) That faith, I too have Swamiji.

- Bhagavan : So, you have that faith! If you think self-enquiry lands you nowhere, HAVE FAITH IN RAMANA. He says 'You are not the body.' Keep repeating it to yourself again and again. My Father will see to the rest.

- Man : (Humbly) Yes, Swamiji.

- Bhagavan : (Smiling) Repeat, "I am not the body." Go on repeating it to yourself like a Mantra. Father will give you the understanding. Ramana Maharishi blesses you.

- Man : (Smiling happily, yet in tears) Thank you, Swamiji, you have helped me so much, Swamiji, Thank you for the blessings.

He left with some prasad.

Now once again people came in one by one. As before each one received His blessings with either 'Ram Ram' or a pat on the back or a simple acknowledging nod. It was nearing one. When I hesitantly placed the chappatis before him, He nodded in acceptance. He also asked me to pour a little Nellikkai juice into his coconut shell and drank.

- Bhagavan : Do you people take the Nellikkai juice, this beggar leaves for you?

- Myself : Yes, Bhagawan.

- Bhagavan : Good. Now this beggar leaves you!

He gave us each an apple and closed the gate FIRMLY after us! As the sweetness of His Divine Presence and utterances lingered in my heart, i felt a sense of fulfilment and knew instantly, there could be no better celebration of a Pongal day, nor a sweeter prasad ever distributed!